Paradis et enfer

Osera-t-on en parler?

Paradis et enfer, deux mots tabou et pourtant ....

On veut les oublier, les rayer du vocabulaire « politiquement correct » mais l'inconscient collectif ne s'en défait pas si facilement, pas plus que le capitaine Haddock d'un certain sparadrap.

Pour Fabrice Hadjadj, philosophe contemporain:

« L’aspiration au paradis est indéracinable du cœur humain : tous les hommes désirent être heureux. Aussi, dès que nous nous détournons du vrai paradis, nous ne pouvons nous empêcher de créer des ersatz. Si on ne prêche plus le paradis révélé, il faut s’attendre à voir une pullulation de paradis de contrebande et de contrefaçon. [..] ». Celui qui se vautre dans ces paradis artificiels se ferme à la joie profonde. Pour les chrétiens, la violence de la Croix a quelque chose à voir avec la douceur du ciel, parce que dans l’un et l’autre cas il s’agit de la même offrande totale de soi-même. Il faut le reconnaître : cette identité a de quoi faire peur. Le refus du paradis céleste, c’est-à-dire d’une joie reçue et offerte comme une blessure, laisse donc libre cours à une prolifération de petits édens mesquins, confortables un instant, horribles quand vient la mort et que le mirage se dissipe.
Ni le paradis fiscal, ni le paradis du Jacuzzi, ni le « Paradis Porsche » (manifestation annuelle à Saint-­Tropez), ne pourront nous sauver. Toutes ces expressions prouvent notre attirance pour le paradis. Mais elles montrent aussi notre effort pour fuir son exigence d’amour. »

Le message de l'Evangile (mot qui littéralement signifie bonne nouvelle) est bien celui d'un bonheur qui est reçu maintenant, le bonheur de se savoir aimé et de pouvoir aimer en retour. Le bonheur d'une relation apaisée retrouvée avec l'Auteur de la vie, dans la grâce indispensable du pardon offert par le Christ crucifié et ressuscité, c'est bien la vie éternelle qui commence sur cette Terre pour le croyant et qui s'épanouira glorieusement dans l'au-delà. Elle le pourra, dans la Présence qui comble et console absolument, celle de Jésus qui affirmait à son compagnon de supplice repentant: « aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ». Grâce merveilleuse pour celui qui n'a plus aucune prétention à se sauver lui-même mais réalise que son salut est à recevoir.

On parle davantage de l'enfer; serait-ce parce qu'on le sent plus proche? « l'enfer semble davantage à notre portée ....[...] sans doute parce que nous avons partie liée avec le mal... » remarque F. H.

En fait on le met un peu à toutes les sauces: c'est une soirée, un appétit, un look ... d'enfer. Rien n'y fait, le mot laisse un arrière-goût inquiétant. Qui inventerait un autre mot pour parler de la drogue, ou des camps de concentration? Mais que sera le lieu du non-amour, du non-pardon, de l'isolement égoïste, de la privation de toutes les preuves actuelles de la bienveillance et de la patience de Dieu?

Trois textes sérieux de l'évangile :

« Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé » dit Jésus (évangile de Jean ch.10 v.9)

« vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie! » déplore Jésus aux incrédules (Jean 5.40)

et encore: « Celui qui met sa confiance dans le Fils de Dieu a la vie éternelle; celui qui refuse de le faire ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. » (Jean 3.36)